Note technique

Ce qu'il y a sous le marbre

Pour l'adepte d'Obsidian : imaginez votre vault, mais qui s'écrit tout seul, à l'échelle d'une organisation. Pour le lecteur de Karpathy : c'est la couche disque du LLM OS. Voici l'architecture.

Le modèle mental

Dans le cadre que Karpathy a popularisé, le modèle de langage est un processeur et sa fenêtre de contexte est la RAM : rapide, chère, et effacée à chaque redémarrage. Tout ce que votre organisation apprend pendant une session d'agent disparaît quand la session se ferme. Il manque le disque.

Mnamon est ce disque, avec son système de fichiers : une couche de persistance sous tous les outils et tous les agents, qui décide quoi retenir, comment le relier, et quoi remonter en RAM au bon moment. Le RAG classique branche un moteur de recherche sur des documents ; une mémoire fait plus que chercher. Elle date, elle relie, elle tranche les contradictions, et elle rend des comptes.

La primitive : la pensée

L'unité atomique n'est pas le document, c'est la pensée : un fait, une décision, une observation, portés par une source. Chaque pensée est typée, datée, pondérée, vectorisée, et sait d'où elle vient. Le journal est en append-only : on n'écrase jamais le passé, on écrit par-dessus.

{
  "id": "th_9f2c",
  "type": "decision",
  "content": "Refonte du site : le critère délai prime sur le coût.",
  "source": "réunion · comité produit · 2026-03-14",
  "importance": 3,
  "embedding": [1536 dimensions],
  "created_at": "2026-03-14T09:12:00-10:00"
}

Le graphe typé

Un utilisateur d'Obsidian connaît la valeur des backlinks : le sens vit dans les liens autant que dans les notes. Ici, les liens sont des arêtes typées, et c'est le système qui les écrit : concerne, appuie, contredit, remplace. Un classifieur relie chaque pensée nouvelle à ses voisines au moment de l'ingestion.

{ "from": "th_c41a", "type": "supersedes", "to": "th_9f2c" }

L'arête supersedes porte la propriété la plus précieuse du système : la vérité temporelle. Quand une décision change, l'ancienne n'est pas effacée ; elle est remplacée, et la chaîne reste lisible. La mémoire sait dire ce qui est vrai aujourd'hui, et ce qu'on croyait vrai en mars. Un état courant, une histoire complète : la vue par défaut filtre le remplacé, l'audit remonte la chaîne.

Le rappel n'est pas une recherche

Retenir est facile ; rappeler est le vrai problème. Le rappel de Mnamon est hybride : similarité vectorielle pour le sens, recherche lexicale pour les noms propres et les montants, traversée du graphe pour le contexte lié, le tout pondéré par importance et fraîcheur.

Et il rend sa réponse sous budget : un rappel se commande avec un plafond de tokens, parce que sa destination est une fenêtre de contexte, pas un écran de résultats. Le protocole est déterministe : requête discriminante, seuil de pertinence, pensées remplacées exclues par défaut. Un rappel vide est une réponse honnête, pas un échec.

Une porte universelle

La mémoire s'expose en MCP, le protocole ouvert que parlent déjà Claude, Cursor et le reste de l'écosystème agentique. La conséquence compte : Mnamon n'appartient à aucun modèle et n'enferme dans aucun assistant. L'outil de demain se branchera sur la même mémoire que celui d'aujourd'hui.

En début de session, un agent reçoit son contexte ambiant : les pensées récentes et importantes du périmètre où il travaille. En fin de session, il rend son rapport. Humains et agents lisent la même mémoire, avec les mêmes droits et la même trace.

L'écriture est gouvernée

Une mémoire dans laquelle n'importe quel agent écrit n'importe quoi devient une décharge en quelques semaines. L'écriture est donc la partie la plus disciplinée du système : les captures sont adossées à des preuves, portent une clé d'idempotence, et le savoir durable passe par une file de revue avant de faire foi. Secrets, transcripts bruts et données personnelles de tiers sont bannis à l'entrée, pas nettoyés après coup.

Une mémoire ne vaut que ce que vaut sa discipline d'écriture.

La mémoire se lit aussi

Tout ne passe pas par une question. La mémoire se compile en un wiki navigable, un jardin de pages et de liens qu'on parcourt comme un vault Obsidian : par personne, par projet, par client, par décision. Le graphe qu'on montre sur la page d'accueil n'est pas une métaphore ; c'est la structure réelle des données.

Chez vous

Le socle est volontairement ennuyeux : Postgres et ses extensions vectorielles, un journal append-only, des connecteurs. Pas de base exotique, pas de format propriétaire. Il se déploie dans votre périmètre, s'audite ligne à ligne, et vos données n'entraînent aucun modèle. Une mémoire d'entreprise se confie ; elle ne s'abandonne pas.

Cette note décrit l'architecture de Mnamon telle qu'elle se construit. Les curieux du détail sont exactement les interlocuteurs qu'on espère.

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